Les lobotomies frontales du Dr. Walter
Freeman à l'Hôpital d’Athens dans l’état
d'Ohio


Gary E Cordingley, MD, PhD
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La psychochirurgie de lobotomie frontale fut réalisée plus de 200 fois dans
cet hôpital psychiatrique, sans anesthésie générale ou salle d'opération.
Peu d’épisodes dans l'histoire médicale du Comté d'Athens (Ohio) sont plus tristement célèbres ou plus
fascinants que ceux concernant le docteur Walter Freeman et les plus de 200 lobotomies frontales qu'il réalisa
sur des patients psychiatriques à l'Hôpital de la ville d’Athens dans l'état d'Ohio au cours de sept visites entre
1953 et 1957.

Jusqu'au milieu du vingtième siècle, le traitement pour la plupart des patients hospitalisés dans les grands
hôpitaux psychiatriques des états, comme celui d’Athens, fut limité à fournir un environnement sûr et humain.
Des médicaments efficaces pour les maladies mentales ne devinrent pas disponibles avant la fin des années
50 et le début des années 60.

En 1936, le Dr. Egas Moniz, un médecin Portugais qui obtint finalement un prix Nobel pour son travail, rapporta
les résultats de ses lobotomies frontales dans un journal médical français, le Bulletin de l'Académie de
Médicine. Le Dr. Walter Freeman, un neurologue de l'Université de George Washington à Washington (D.C.)
qui avait rencontré le Dr. Moniz un an auparavant fut impressionné par le rapport. La même année, le Dr.
Freeman s’associa avec un neurochirurgien pour réaliser l'opération, et tout le long de la décennie suivante
les partenaires opérèrent toujours plus de cas. Toutefois, Freeman devint frustré par les limites de l'opération.
En 1946, il développa une procédure alternative qui pouvait être exécutée plus rapidement, hors d'une salle
d'opération, et sans anesthésiques.

Il utilisait les électrochocs pour effectuer une anesthésie sans médicaments. Une fois les mouvements
convulsifs du malade apaisés, le Dr. Freeman opérait.

En soulevant une paupière supérieure, il insérait un long pic en métal entre le globe oculaire et la paupière
jusqu'à ce qu'il ait atteint la paroi osseuse supérieure de l’orbite. Il martelait le pic à travers l'os jusqu’à la boîte
crânienne où il pénétrait le lobe frontal du cerveau. Il répétait la procédure d'insertion sur le côté opposé. Puis,
utilisant les extrémités extérieures des pics comme poignées, il faisait des mouvements de balayage qui
tranchaient et détruisaient les lobes frontaux. Il finissait avant que le malade ne se réveille des conséquences
de la convulsion provoquée.

Le Dr. Freeman exécutait cette procédure à travers tout le pays dans les hôpitaux d’états qui étaient en
manque de personnel, débordés par les malades, et très réceptif à n’importe quel nouveau traitement qui
semblait prometteur. Chaque hôpital psychiatrique d’état de cette époque pouvait administrer le traitement par
électrochocs, et l’hôpital ne devait pas fournir de salle d'opération. Une salle pour procédures mineures
suffisait.

Freeman rencontrait les familles des malades, expliquait les risques et les avantages de la procédure, et
répondait aux questions. Certaines familles consentirent et d’autres non. Assisté par le personnel médical
local, et avec une file de malades remplissant à la fois le dedans et le dehors de la salle d’opération, Freeman
opérait typiquement tous ses cas en juste une journée. Demandant $25 par patient pour ses services, il partait
quelques jours plus tard pour sa prochaine destination.

Freeman visitait l'Hôpital d’Athens plus souvent que n'importe lequel des autres hôpitaux psychiatriques de
l'état d'Ohio. A sa première visite en 1953, il fut traité comme une petite célébrité. Le quotidien Athens
Messenger du 16 novembre relata son arrivée avec la manchette "Lobotomies à venir: la chirurgie peut
soulager la maladie mentale de beaucoup de patients à l'hôpital d'état." Un article suivant le 20 novembre—
intitulé "Le Dr. Freeman, pionnier de la technique transorbitaire, fait une démonstration de la méthode: des
lobotomies sont exécutées sur 31 patients de l'Hôpital d'état d’Athens"—montrait des photographies de
Freeman avec le personnel local, y compris le directeur Charles Creed, le sous-directeur Hubert Fockler et les
médecins Beatrice Postle Fockler, Wayne Dutton et Genevieve Garrett Dutton.

Les chirurgies furent réalisées dans l'hôpital d’urgence, un bâtiment séparé construit en 1950 qui est
maintenant la portion le plus à l’est du bâtiment principal.

Le Dr. Wolfhard Baumgaertel, un praticien généraliste de longue date à Albany (Ohio), était présent pour la
troisième visite de Freeman à Athens en octobre 1954. Le Dr. Baumgaertel observa la procédure sur le
premier opéré du jour, et ensuite fournit des soins post-opératoires pour ce patient et tous les autres qui
suivirent.

Malgré sa familiarité avec la chirurgie, le Dr. Baumgaertel se rappela avoir été étonné par la procédure, disant,
"Je ne me rappelle pas ce qui m'a le plus consterné en regardant ceci—le martèlement des pics dans le
cerveau ou le mouvement simultané des manches des pics dans les mains du médecin."

Décrivant ses soins consécutifs des patients de Freeman, le Dr. Baumgaertel dit, "A intervalles réguliers les
malades arrivaient dans la salle de réveil, mon domaine pendant cet événement inconnu et incompréhensible
pour ma part. Mon équipement principal consistait en plusieurs appareils d’aspiration et de l’oxygène, le
dernier étant quelque peu inutile. Les signes vitaux étaient surveillés jusqu'à ce que le patient se réveille. Nous
n'avons eu aucune complication majeure. Quelques drainages de liquide céphalo-rachidien n’ont pas été
considéré comme un problème."

"Je ne me rappelle d’aucun décès post-opératoire immédiat ou consécutif chez les patients dont je me suis
occupé. La plupart sont retournés dans leurs locaux dans l'hôpital avant une à deux semaines. Naturellement,
aucun d'eux ne pouvait se rappeler de l'événement, mais il n'y avait pas non plus de questions. Je me souviens
avoir été étonné au point d’être dérangé quand j'ai découvert une absence totale de curiosité de la part des
malades quant à ce qui leur était arrivé."

Geneva Riley, qui était infirmière en chef à l'Hôpital d'état d’Athens en 1975-1993, fut témoin de la même
procédure à un autre service. Elle comparait le bruit fait par les pics au son d’un tissu déchiré.

Au milieu des années 90, l'auteur rencontra un des anciens patients du Dr Freeman au Doctors Hospital de
Nelsonville (Ohio). Son image tomographique (rayons X) du cerveau montrait de grandes aires de dommages
aux lobes frontaux. Le radiologue, ignorant de l'historique du patient, interpréta les anomalies comme dues à
des attaques cérébrales.

Mais le malade et sa femme eurent une histoire différente à raconter. Traumatisé par l'horreur des combats de
la Deuxième Guerre Mondiale, l'homme était un patient à l'Hôpital de l'État d'Ohio à Athens quand le Dr.
Freeman arriva dans la ville. Le malade fonctionnait à un bas niveau, se couchant au sol au moindre bruit
soudain et fumant des cigarettes seulement sous une couverture. Sa femme accepta la procédure qui fut
compliquée par une hémorragie. Quand bien même, il s’améliora et fut libéré de l'hôpital au bout de trois mois.
Pendant de nombreuses années, il actionna de l'équipement lourd sans difficulté à part une occasionnelle
convulsion.

Interrogée sur d’éventuels regrets, la femme du malade exprima, "Non. Je pense toujours que j'ai pris la bonne
décision."


(C) 2005 par Gary Cordingley


L'auteur apprécie l'assistance experte du M. Frédéric Mafran en traduisant ce récit.
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Walter Freeman's Lobotomies at Athens State Hospital
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